Ce sujet a 4 réponses, 1 participant et a été mis à jour par  Alissa, Amélie, Laurine, Letizia et Marine, il y a 3 mois et 2 semaines.

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  • #1847

    Audrey Ignelzi

    Bonjour Amélie, Letizia, Alissa, Marine et Laurine,

    Tout d’abord, je souhaite souligner la richesse des apports issus à la fois de la revue de la littérature et à la fois de témoignages d’acteurs de terrain. Ensuite, les différentes pistes destinées à préparer les étudiant·e·s à la réalité professionnelle sont opéarationnalisables ; vous proposez des exemples concrets à mettre en œuvre dans l’enseignement supérieur, tout en mentionnant l’importance de l’adaptation selon le contexte. Enfin, la mise en évidence des difficultés potentielles liées aux différentes pratiques/dispositifs/méthodes pédagogiques permet aux lecteurs de se questionner voire d’anticiper certaines de ces difficultés.

    Voici à présent quelques questionnements…
    1. Pourriez-vous préciser le déroulement des rencontres « job-dating » (rôles, etc.) et expliciter dans quelle mesure cette activité soutient la sensibilisation des étudiants à la réalité professionnelle ?
    2. Comment imaginez-vous l’intervention des professionnel·le·s/des intervenant·e·s à propos des liens entre les différents cours ?

    À ce sujet, je vous partage une pratique que nous mettons en place dans le cadre de nos accompagnements à la mise en œuvre de l’approche par compétences dans l’enseignement supérieur : les professionnel·lle·s sont invité·e·s à expliciter aux étudiants les missions menées dans le cadre de leur profession tout en établissant des liens entre ces missions et les compétences consignées dans le référentiel de la formation. Étant donné que ce référentiel de compétences représente la « colonne vertébrale » du programme de formation, la mise en relation « missions professionnelles – compétences » soutient indirectement la mise en relation « réalité professionnelle – programme de formation ».

    3. Concernant l’APP, vous ciblez la difficulté potentielle suivante : « … accorder ses méthodes d’évaluation. ». Pourriez-vous proposer certaines pistes concernant la conception de méthodes d’évaluation appropriées à l’APP ?
    4. À propos des stages et de l’alternance, vous ciblez la plus-value suivante : l’application des connaissances apprises en cours sur le terrain. Comment les enseignants peuvent-ils soutenir le transfert de ces connaissances en milieu professionnel ?

    Bravo pour ce mémo et bonne continuation à toutes les 5 !

    Audrey

  • #1851

    Chantal Dupont

    Bonjour,

    Merci pour votre mémo qui éclaire bien la thématique de la professionnalisation dans l’enseignement supérieur.
    Je m’intéresserai ici plus particulièrement à votre paragraphe sur l’alternance que vous mentionnez comme le stade le plus abouti de l’intégration de la professionnalisation par les enseignants.
    Les difficultés que vous mettez en évidence concernent plutôt des aspects de type organisationnel (choix du lieu d’insertion, gestion du temps, etc.). A mon avis, le véritable challenge de l’alternance réside plutôt dans ses aspects pédagogiques.
    Vous dites que l’alternance “permet de faire le lien théorie-pratique et inversement. L’étudiant jongle avec les deux univers en créant différents ponts entre ceux-ci“. Ce n’est pas à l’étudiant seul que revient la responsabilité de créer ces ponts. Il s’agit pour ces deux lieux de formation (école et entreprise), de collaborer afin de créer les conditions d’apprentissage et de développement professionnel, d’assurer un encadrement qui permette une réelle intégration/articulation des apprentissages en classe et sur le terrain.
    Peut-être lors de vos lectures, avez-vous noté des expériences ou témoignages intéressantes qui vont dans ce sens ?

    Bonne continuation,

    Chantal Dupont

  • #1859

    Amélie, Alissa, Laurine, Letizia et Marine

    Bonjour Madame Ignelzi,

    Tout d’abord, merci pour votre commentaire et vos questions. Nous allons tenter d’y apporter quelques réponses ou pistes de réflexion. Pour plus de facilités, nous allons reprendre vos questionnements point par point…

    « Pourriez-vous préciser le déroulement des rencontres « job-dating » (rôles, etc.) et expliciter dans quelle mesure cette activité soutient la sensibilisation des étudiants à la réalité professionnelle ? »

    Cette formule de “job-dating” correspond à des rencontres éclair, qui permettent aux étudiants en recherche de stages, d’activités ou encore de contrats d’alternance de rencontrer en un même lieu (comme l’établissement scolaire) plusieurs professionnels ou recruteurs, en face à face, lors de courts entretiens. Ces “job-datin”g doivent donc être effectués en partenariat avec des entreprises. Si ces rencontres peuvent se faire avec les professionnels directement, elles peuvent aussi, par exemple, se faire avec des agences intérims. Selon nous, ces rencontres peuvent soutenir la sensibilisation des étudiants aux futures réalités professionnelles de plusieurs manières. En effet, les “job-dating” permettent à chaque étudiant de se faire une première idée de la réalité des entretiens d’embauche et de leur déroulement, et des compétences et qualités diverses qu’un recruteur peut rechercher. Les étudiants peuvent ainsi se positionner quant à leurs propres compétences : quelles sont celles qu’il maîtrise ? Quelles sont celles pour lesquels il doit encore fournir des efforts ? De plus, les “job-dating” sont aussi l’occasion pour les étudiants de valoriser leurs expériences et compétences professionnelles, puisqu’ils doivent tenter de “convaincre” une entreprise.

    Que ce soit pour les “job-dating” ou les autres types de rencontres avec des professionnels, il serait intéressant pour l’enseignant (ou l’équipe pédagogique) de créer, petit à petit, une liste de partenaires riche et variée, de milieux et professions diverses. Car plus les professionnels sont variés, plus les étudiants pourront appréhender au mieux les diverses réalités correspondant à leur futur diplôme : par exemple, leur montrer les différentes professions et activités possibles pour un même diplôme. Ainsi, toutes ces rencontres avec les professionnels aident selon nous les étudiants à établir leur profil de compétence et à développer leur identité professionnelle.

    Ces rencontres peuvent se faire à différents moments lors du cursus des étudiants. Si elles sont un moyen de confirmer son choix d’étude ou de carrière en début de cursus et d’envisager une possible réorientation ; en fin de cursus, elles aident l’étudiant à définir avec plus de précision leur profil professionnel et aident à préparer leur insertion dans le monde du travail. Cependant, il semble selon nous plus pertinent de proposer des “job-dating” plus tard dans la formation de l’étudiant, pour que ces entretiens aient plus de sens et soient riches pour les étudiants. Voici un exemple d’établissement de l’enseignement supérieur ayant organisé des “job-dating”, d’après l’un de nos témoignages d’un enseignant de la Haute École de la Province de Liège : http://www.provincedeliege.be/fr/evenement/27/6945 (article de 2013, mais d’après ces enseignants, c’est toujours d’actualité).

    « Comment imaginez-vous l’intervention des professionnel·le·s/des intervenant·e·s à propos des liens entre les différents cours ? »

    Les étudiants suivent, lors de leur formation, différents cours qui leur permettront d’être effectifs dans différents domaines après leur diplôme. Mais il peut parfois être difficile pour l’étudiant de comprendre l’importance des cours généraux, les liens avec leur pratique et de concrétiser les cours généraux. Inviter des intervenants, des professionnels de divers milieux, peut être une piste à explorer : le professionnel peut montrer aux étudiants le lien entre formation et initiale et parcours professionnel et leur expliquer l’importance des différentes matières dans leur métier.

    Voici quelques exemples issus de nos témoignages ou expériences personnelles pour illustrer l’intervention des intervenants.
    Inviter un enseignant ayant quelques années d’ancienneté lors de la formation initiale des futurs enseignants (en Haute Ecole ou à l’Université) peut être intéressant. Le professionnel peut montrer, par exemple, l’importance de cours théoriques, comme le cours de déontologie ou de communication, pour résoudre un conflit… conflit auquel les étudiants n’auraient peut-être pas pensé. Il peut expliquer en quoi sa formation initiale et les différents cours l’ont aidé à affronter cette situation professionnelle. Le même parallèle peut être fait dans le bachelier en Management de la Logistique : les intervenants peuvent raconter leurs expériences aux étudiants et leur montrer en quoi leurs cours théoriques, comme les différents transports ou les cours de droit, peuvent leur être utile dans leur pratique quotidienne. Certains professionnels peuvent témoigner qu’avoir eu des bases théoriques a été un avantage dans certaines situations.

    Nous trouvons l’activité que vous organisez, explicitant le lien entre les missions et les compétences, très intéressante et pertinente, merci beaucoup pour votre partage. Cela permet effectivement une certaine concrétisation et permet également à l’étudiant de lier sa formation et les compétences attendues avec sa future réalité professionnelle.

    « Concernant l’APP, vous ciblez la difficulté potentielle suivante : « … accorder ses méthodes d’évaluation. ». Pourriez-vous proposer certaines pistes concernant la conception de méthodes d’évaluation appropriées à l’APP ? »

    En effet, si l’évaluation reste une étape importante de l’APP, elle peut être difficile. Lors de nos lectures, nous avons repéré le site du Cégep de Sainte-Foy (Québec), qui propose quelques pistes pour aider l’enseignant à évaluer lors de ce type de méthode, que ce soit pour évaluer l’activité en elle-même ou les étudiants : http://app.cegep-ste-foy.qc.ca/jacbrosse/accueil/guide-dappropriation-de-lapp/evaluer/. Nous vous invitons à y jeter un œil, car nous trouvons leurs pistes intéressantes !

    « À propos des stages et de l’alternance, vous ciblez la plus-value suivante : l’application des connaissances apprises en cours sur le terrain. Comment les enseignants peuvent-ils soutenir le transfert de ces connaissances en milieu professionnel ? »

    Enfin, concernant le transfert des connaissances lors du stage ou de l’alternance, d’après nous plusieurs pistes sont possibles.Tout d’abord, en amont du stage, les enseignants doivent tenter d’insérer au mieux leurs cours théoriques dans des situations concrètes, que l’étudiant pourrait rencontrer lors de son stage, puisque l’un des objectifs d’un stage est de lier des connaissances théoriques à de la pratique. Par exemple, en classe, l’enseignant peut insister sur certains éléments théoriques et demander aux étudiants de réaliser des travaux pratiques ou de résoudre un problème. Là encore, la rencontre avec des professionnels permettrait aux étudiants de comprendre l’importance des connaissances théoriques dans le monde professionnel.

    Ensuite, il serait intéressant d’avoir un retour de stage des étudiants complet et réflexif : cela permettrait aux enseignants de comprendre dans quelle mesure l’étudiant a transféré ce qu’il a appris aux cours théoriques dans sa pratique et de réguler son cours ou ses méthodes si nécessaire. Ce retour peut prendre différentes formes : un récit de stage, des échanges oraux, des échanges en sous-groupe, ou encore la remise d’un rapport écrit. À la fin de son stage, le stagiaire peut ainsi faire l’inventaire des connaissances théoriques et pratiques acquises et des compétences développées lors de ce stage. Il n’est peut-être pas nécessaire d’attendre la fin d’un stage pour soutenir le transfert des connaissances de l’étudiant : l’enseignant pourrait envisager des visites ou rendez-vous avec l’étudiant pendant son stage et faire le point.

    Nous espérons avoir répondu à vos questions et apporté de nouvelles pistes de réflexion !

    Bien à vous,

    Amélie, Alissa, Laurine, Letizia et Marine.

  • #1869

    Audrey Ignelzi

    Bonjour Amélie, Letizia, Alissa, Marine et Laurine,

    Je vous remercie pour vos apports et vos éclairages nuancés et très circonstanciés.
    Ceux-ci proposent de nouvelles pistes de réflexion et offrent de nouvelles idées de pratiques à mettre en oeuvre dans l’enseignement supérieur!

    Bonne continuation,

    Audrey

  • #1883

    Alissa, Amélie, Laurine, Letizia et Marine

    Bonjour Madame Dupont,

    Merci pour l’intérêt que vous portez à notre mémo et pour vos questions. Nous avons pris le temps de vous répondre car nous avons souhaité enrichir nos lectures et récolter d’autres témoignages au sujet de l’alternance, notamment à la Haute École de la Province de Liège. Nous allons donc tenter d’apporter de nouvelles pistes de réflexion répondant à votre questionnement suivant : “Le véritable challenge de l’alternance réside plutôt dans ses aspects pédagogiques. Ce n’est pas à l’étudiant seul que revient la responsabilité de créer ces ponts. Il s’agit pour ces deux lieux de formation (école et entreprise), de collaborer afin de créer les conditions d’apprentissage et de développement professionnel, d’assurer un encadrement qui permette une réelle intégration/articulation des apprentissages en classe et sur le terrain.”

    Même si l’organisation de l’alternance diffère selon les établissements, il y a bien un point commun entre ces formations : l’importance du “tuteur pédagogique” et du “tuteur en entreprise” (Apec, 2018, disponible sur https://presse.apec.fr/files/live/mounts/media/fichiers/SyntheseAlternanceembargo.pdf).

    D’après les études de l’Emploi Cadre de l’Apec sur l’alternance dans l’enseignement supérieur (2018, voir lien ci-dessus), les rôles de ces derniers sont très importants pour la réussite de l’alternance. Chaque tuteur doit soutenir l’étudiant, l’aider à atteindre les compétences (théoriques et pratiques) visées, l’évaluer et surtout le suivre régulièrement. Cependant, le tuteur de l’entreprise est décrit comme un élément “pivot”, car c’est essentiellement de lui que dépend la réussite de l’étudiant : il doit avoir des compétences spécifiques pour proposer un bon accompagnement (par exemple, les étudiants interrogés dans ce rapport relèvent l’importance des qualités managériales et pédagogiques).

    Mais ces études relèvent justement certains manques pour un accompagnement optimal. Par exemple, dans certains établissements, l’outillage des tuteurs pédagogiques pour le suivi de l’étudiant se résume à un rapport évaluant les compétences et les comportements attendus de l’étudiant. Certains étudiants interrogés ajoutent au manque de suivi l’importance d’un tuteur “proactif”, qui les suivrait du début à la fin de l’alternance. Enfin, ces études soulèvent donc l’importance d’un cadre relationnel en étroite collaboration : “Le processus d’interaction entre les trois catégories d’acteurs s’inscrit dans un format qui semble manquer d’un cadre clairement défini, et ne donnant lieu qu’à des échanges occasionnels et insuffisamment formalisés. En conséquence, les entreprises ne se sentent pas assez associées au processus de construction du parcours de l’alternance par les établissements de formation et expriment la volonté d’instaurer avec eux des liens plus étroits” (Apec, 2018, p.16).

    Dès lors, nous avons souhaité interroger davantage des enseignants et des étudiants : ceux-ci sont tous acteurs d’une formation en alternance proposée à la Haute École de la Province de Liège. D’après eux, il existe certains projets pour justement améliorer le suivi des étudiants dans leur développement professionnel et la collaboration entre les deux univers (école-travail) : par exemple, l’ “alterkit”.

    L’ “alterkit” est un projet financé par le Fonds Social Européen, porté par la Haute École de la Province de Liège dans le cadre de certains Masters en Alternance, et en partenariat avec le LabSET (Université de Liège). Ce projet propose un ensemble d’outils pour faciliter l’encadrement et le suivi des étudiants dans l’évaluation progressive de leurs compétences, en coordination entre tous les acteurs de la formation en alternance.

    Nous vous invitons à découvrir ce projet en allant sur le site http://www.alterkit.uliege.be/, qui pourrait selon nous être une piste à explorer !
    Nous espérons avoir répondu à votre questionnement et apporté de nouvelles pistes de réflexions.

    Bien à vous,

    Alissa, Amélie, Laurine, Letizia et Marine.

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